Il faisait froid comme c'est pas possible. Elle avait raison au moins sur ce point! Une de mes anciennes élèves du Tchad arrive au Canada en plein février. En voilà une idée! Un stage à l'Université de Montréal. Après deux jours de recherche, elle me trouve enfin. Dès le lendemain, je l'invite à

« bruncher », puis je lui fais visiter, près de chez moi, le Parc Lafontaine. Devant l'étang glacé, il n'y a même pas de patineurs tant le froid est mordant.
Je lui dis qu'en été, dans quelques mois, il y a ici un beau petit lac. Les arbres « tout nus » sont habillés de feuilles vertes, les gens s'assoient sur ces bancs que l'on voit, les fleurs jalonnent le sentier sur lequel nous sommes. Elle m'écoute poliment. Puis, n'en pouvant plus, j'imagine, elle me dit carrément : « Pas possible, tu me mens »!
Ça ne m'a pas vexé. Son sourire en coin, ses belles dents toutes blanches, ses grands yeux interrogation! Quand il fait moins 25, sous un tapis de 50 cm de neige, parler de « vie », de « fraîcheur », n'est pas évident. C'était la première fois qu'elle voyait la neige. Pour elle, ce que je lui montrais était une nature morte. Nous qui en avons vu des bordées de neige, des giboulées, de la froidure et du verglas, nous savons bien que la vie n'est pas morte. La vie se repose avant de repartir de plus belle!
Puis avril est arrivé, la fête de Pâques est arrivée. Je l'ai ramenée au parc. « Pas possible! Tu ne m'avais pas menti »! La vie éclatait de partout. Les enfants couraient sur les sentiers, les cygnes se pavanaient sur l'étang. Les bourgeons riaient en éclatant en minuscules feuilles d'un vert, mais d'un vert tellement beau et tellement tendre.
Je l'avais baptisée à Pâques, trente ans auparavant. « Te rappelles-tu, Brigitte? Après six mois de saison sèche, pas une goutte de pluie! Tout semble mort. La terre en est craquelée. Puis à Pâques, les premières pluies, et tout repart. L'apparence de mort qu'apporte la saison sèche pour vous, l'hiver pour nous, n'est qu'apparence. La vie n'est pas morte. Dès la première pluie, les premiers rayons de soleil. Tout se réveille et tout recommence ».
Nous nous sommes baladés un bon moment ensemble. Nous regardions, silencieux. C'est elle qui a parlé la première : « C'est mystérieux, la vie hein? Mais c'est beau la vie »! Je n'ai qu'ajouté : « c'est beau la vie qu'aucune mort « apparente » ne peut faire mourir ».
Joyeuses Pâques! Et une Pâques pleine de vie!
En toute amitié,
Cliff Cogger
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