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j u i l l e t   2 0 0 6
« Je ne peux pas »

C’est le grand branle-bas à la colonie de vacances. Les 40 gamins sont arrivés les uns après les autres… conduits par papa et maman…par maman et un mon oncle ou papa et une ma tante…Ce furent les adieux ; déchirants ou « enfin la paix »! Puis branle-bas au dortoir pour trouver le lit près de la fenêtre, le lit près de la porte, le lit près d’un ami !

Enfin le grand rassemblement : le camp démarre, les consignes arrivent. Les moniteurs regardent les enfants. Les enfants toisent leurs moniteurs. Le chef parle du bain du matin… de l’équipe en charge du nettoyage de la cafétéria pour le matin, le midi, le soir. Des cours de la journée : bricolage, étude de la flore, des insectes… etc. des sports : alpinisme, tir à l’arc, équitation etc.

Au moindre silence du responsable, un commentaire : je ne peux pas me baigner le matin, l’eau est trop froide. Je ne peux pas nettoyer la salle à manger, chez nous je n’arrive même pas à ranger ma chambre. Je ne peux pas faire de l’équitation, j’ai peur des chevaux. Je ne peux pas suivre les cours sur la flore et le bricolage, je suis en vacance et suis tanné de l’école. Je ne peux pas faire ceci, je ne peux pas faire cela…

Ces « je ne peux pas » ne semblent pas désarmer l’équipe des moniteurs…comme s’ils l’avaient déjà entendu, cette phrase-poison. «OK, les enfants. Nous allons aller souper, puis temps libre jusqu’au feu de camp». Encore plus que le mot souper, c’est ce « temps libre » qui suscite les plus forts hourras. Pour ce premier soir, ce sont les moniteurs qui rangent la cafétéria…et font la vaisselle.

Voilà que le jour s’éclipse, la nuit envahit sournoisement le camp. La fatigue aidant, j’imagine, un certain calme s’installe. Les campeurs ont apporté leur couverture pour parer à la fraîcheur de la nuit; les moniteurs, eux, ont apporté papier et crayons…On allume le feu, et le chef donne le coup d’envoi : « Les amis, nous allons vivre trois belles semaines ensemble. Nous allons pour ce faire, commencer par une célébration importante. Nous allons faire une «funérailles» tout d’abord. Un bruyant « hein»?» a prouvé que les campeurs ne dormaient pas. » Sur le bout de papier que l’on vient de vous distribuer, vous allez écrire « ce que je veux faire, mais que je ne peux pas faire»…L’exercice est lancé…c’est le grand silence. Il n’y a que le crépitement du feu qui perce la nuit et sa lueur veloutée…

Après avoir écrit pendant une dizaine de minutes…une boîte à souliers sert de cercueil; les campeurs y déposent leur « je ne peux pas »…Grand cercle autour du feu. Le chef de camp invite les enfants à baisser la tête et fait cet éloge funèbre : « Mes amis, nous sommes rassemblés ce soir pour honorer la mémoire de « Je ne peux pas »…Nous l’avons bien connu. Lui survivent ses frères et sœurs – Je peux, je veux, je suis capable et je vais le faire…Repose en paix, vieux frère «Je ne peux pas…Amen». Et le cercueil est lancé dans le feu… Grand silence.

Après cette cérémonie d’enterrement, il y eut un goûter; biscuits, pop corn et jus…puis une grande image fixée sur le mur de la cafétéria : « RIP…Je ne peux pas »

Lors du séjour au camp…si un campeur s’échappait « Je ne peux pas »…un simple regard sur la « pierre tombale RIP…je…» suffisait…

C’est peut-être Martin Luther King qui peut le mieux résumer tout cela, lui qui disait : « La peur a frappé à la porte. La confiance est allé répondre. Il n’y avait personne».



En toute amitié
Cliff Cogger


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