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Johanne Boivin
« Une vie en casse-tête refaite pièce par pièce »


Michel René - Avec une enfance dont elle aime mieux ne pas parler, avec des responsabilités d’adulte à un jeune âge qui aurait été plus propice à l’insouciance, avec la perte d’un être cher qui lui manifestait de l’amour, avec des tentatives de suicide à l’âge ou d’autres jouent encore avec des poupées, avec un premier mariage qui ne la satisfaisait pas, avec une maladie sévère qui surgit en même temps qu’une nouvelle vie s’installe en son sein, Johanne Boivin a appris durement et lentement à gravir chaque échelon d’un escalier tordu dont elle n’a pas encore tout à fait trouvé l’aboutissement.

Cette femme combative et déterminée, riche d’une spiritualité acquise au coût de maints et courageux efforts, souffre depuis quatorze ans d’un cancer métastatique qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Elle avait quatre ou cinq semaines d’une première grossesse avec son nouveau compagnon de vie quand elle apprit la nouvelle. Le médecin lui conseilla aussitôt l’avortement thérapeutique. Mais elle croyait en la vie et elle l’opposa à la mort. Elle eut donc son premier enfant malgré tout. Et qui plus est, elle en eut deux autres par la suite. Le plus vieux a aujourd’hui quatorze ans, l’autre bientôt treize et la dernière qui est trisomique en a onze. Et toujours, la maladie habite Johanne. Et toujours, elle doit se battre.

Il y a quatre ans, on lui donnait cinq ou six mois à vivre. Elle eut très peur de mourir. Peur surtout de partir sans avoir vécu un plein épanouissement. Alors, à ce mal en elle, elle opposa le bien. Au cancer, elle opposa l’amour. « Je me disais : pendant que je m’occupe des enfants, pendant que j’apprends à leur donner de l’amour, le cancer ne peut pas vaincre. Toujours, ma petite voix intérieure me guidait. Quand je sens en dedans de moi que c’est ma route, j’écoute. »

Sa réflexion spirituelle a commencé en même temps qu’est arrivé ce drame dans sa vie. Dans toute maladie, il y a un message, pense-t-elle. Les maux du corps sont une conséquence des mots non dits. Alors, elle a travaillé et bûche encore sur ces non-dits. « Ma bataille n’est pas encore gagnée. » Mais, avoue-t-elle, « quand tu touches les vraies affaires, les vraies causes, les maux sont obligés de disparaître, parce que c’est dit. Et, quand tu décides de te responsabiliser, ça influence nécessairement la direction que peut prendre la rémission, la guérison. »

Johanne n’a jamais pu planifier quelque chose dans sa vie sans craindre qu’elle puisse être dérangée, perturbée. Elle n’a jamais pu relaxer. C’est pourquoi, maintenant qu’elle a franchi tant d’étapes valorisantes, elle veut se réapproprier. Elle ne veut plus être juste un rôle, elle veut être. Elle veut prendre sa place comme femme dans sa vie de femme. « Être là, et dire je suis là et je tiens compte de mes besoins », résume-t-elle. « Je veux cultiver la paix que je trouve en moi. »Au fond, elle ressent cette urgence de vivre qui l’amène à faire ses choix en fonction de ce qu’elle veut et non de ce qu’on lui impose.

Dernièrement, les douleurs sont revenues. D’abord découragée, elle veut encore passer à travers en essayant de comprendre. Elle cherche le pourquoi de la récidive. Encore une fois, elle entre en elle pour en découvrir la cause. Elle espère une nouvelle fois. Et, comme elle dit : « Quand tu prends juste une pièce du casse-tête, ça peut être décourageant, mais quand tu le regardes au complet, tu vois le particulier différemment. »




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