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Geneviève René
« Le dur apprentissage de ses limites »


Michel René - Vers l’âge de vingt-trois ans, Geneviève commence à ressentir des malaises d’estomac. Elle a mal au ventre. Elle digère mal et passe beaucoup de temps au petit coin. Elle saigne de plus en plus souvent. Elle consulte. De médecin en médecin, de diagnostic en diagnostic, en passant même par l’ablation d’une partie de sphincter, on lui apprend qu’elle souffre de la maladie de Crohn ou de sa proche parente la colite ulcéreuse. Un médecin spécialiste connu de la famille la prend en main. De traitements en médicaments, de médicaments en traitements, voilà que ça fait déjà sept ans qu’elle combat cette maladie chronique. Il lui faut apprendre à vivre avec. Il lui faut faire le dur apprentissage de ses limites.

Geneviève a travaillé quelques années en ressources humaines. Elle adorait son travail, mais elle aspirait à plus. Elle souhaitait se réaliser. Elle est donc retournée aux études et, aujourd’hui à 31 ans, elle aspire à enseigner au secondaire. Elle sait qu’elle le fera, dut-elle se résigner au temps partiel. Car, si elle se donne totalement aux études, constamment la maladie la freine. Des choix sont à faire à tout moment puisqu’elle doit apprendre à conjuguer avec cet embarras qu’elle porte en elle.

En période de crise, le moral bat de l’aile. Les découragements nombreux combattent l’espoir de s’en sortir. Le positivisme toujours l’emporte et Geneviève avoue qu’elle en ressort chaque fois plus forte. Dans les moments difficiles, c’est le temps pour elle de faire le point sur sa vie, de mettre de côté le superflu et de ne tenir compte que de l’essentiel. Elle restreint ses relations à ceux avec qui elle veut vraiment partager. Le paradoxe, c’est que cette maladie ne paraît pas. On peut la croire en santé. Elle trouve parfois difficile de la cacher quand elle voudrait, en même temps, que tout le monde sache que ça ne va pas. Morosité. De même, elle doit toujours penser en fonction de son état précaire pour ses projets immédiats et ceux d’avenir tout en voulant ne plus y penser, souhaitant se convaincre qu’elle est en santé.

Convaincue que la maladie de Crohn est en grande partie psychosomatique, Geneviève reconnaît l’apport du stress dans sa détresse. Très exigeante à son égard, visant régulièrement la performance, ayant toujours peur de manquer de temps, elle attribue aussi son mal à une part de culpabilité conséquemment à certains événements de sa vie. Tiraillée, elle préférerait s’en sortir, mais la confiance lui fait défaut certaines fois. Elle y travaille. Qui d’autre peut l’aider dans son cheminement? Évidemment, elle croit en une force supérieure à qui elle réfère parfois. Mais elle croit aussi en l’aide de son grand-père décédé qu’elle a beaucoup, beaucoup aimé et à qui elle a même demandé, lorsqu’il était mourant, d’emporter sa maladie avec lui.

Il est difficile pour elle d’envisager l’avenir de peur que tout bascule à nouveau. Elle n’a pas peur de la mort, mais n’est pas prête à mourir. Alors, croyant que toutes les portes lui sont encore ouvertes, elle chemine lentement en s’écoutant de plus en plus, en se respectant de plus en plus, en verbalisant, en apprenant à vivre au jour le jour et en tentant de lâcher prise. Une nouvelle Geneviève est en train de renaître. Bon courage ma fille.




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