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Septembre 2013
Jacques Létourneau
« Une vie en sursis et la paix dans l'âme »



Michel René - Il n’y a pas d’âge pour apprendre que l’on va mourir. Et l'on ne voudrait jamais le savoir. Dans les premières années de notre vie, à moins d’être déjà atteint par une maladie incurable, nous n’y pensons guère, sinon pas du tout. Nous avons toute la vie devant nous et tellement de vitalité que même l’idée de disparaître ne nous effleure guère. Comme une fleur qui s’épanouit se tourne vers la lumière, tout notre être se tourne vers le rayonnement d’une longue et belle vie. Nous croissons.

Jacques Létourneau vivait une vie normale, agréable, enrichissante et satisfaisante en priorisant la famille. Bien marié avec sa compagne Lise Béland depuis près de quarante ans, deux grands enfants avec lesquels ils sont en relation très harmonieuse et des petits enfants à chérir, Jacques Létourneau a travaillé jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite à l’âge de 55 ans. Un travail qu’il aimait et qui contribuait à son épanouissement, qui lui permettait également une belle stabilité et une confortable sécurité tout en lui garantissant une retraite sans trop de soucis financiers. L’espoir de jours meilleurs et de repos mérité. Une fin de vie qu’il envisageait longue et agréable, en harmonie avec ses valeurs et avec son entourage.

Mais voilà que le 3 décembre 2009, à l’âge de 62 ans, un coup de matraque qui ne pardonne pas le secoue et le cloue à une épouvantable réalité : le cancer et, qui plus est, le cancer du pancréas, un des plus virulents, un des plus impardonnables, avec, au foie, plusieurs métastases. Jacques saura nous dire que la publicité où l’on voit la dame renverser sa chaise en apprenant la présence d’un cancer n’est rien en comparaison de la réalité, c’est la planète entière qui tourne maintenant dans l’autre sens… son temps est compté. Et il insiste pour savoir combien il lui reste. On lui accorde plus ou moins trois mois de sursis.

Lise et les enfants sont terrassés tout autant que le père et le mari. Jacques est pour eux un être fort, un phare, une bouée à laquelle se rattacher. Que leur arrive-t-il? Pourquoi venir chercher cet être aimant et aimé? Des heures et des jours d’angoisse, de bouleversement, d’incompréhension, de peine et de douleurs, mais pas de révolte pour Jacques. Il n’en veut pas à la vie de reprendre ses droits, il s’en fait une alliée. Sans accepter facilement le verdict, il comprend l’échéance. Il aura trois mois pour tout organiser, il va le faire le plus sereinement qu’il peut, une chose à la fois, en accordant aux siens le meilleur de lui-même et, à lui-même, le meilleur de ce qu’il lui reste d’existence terrestre. Simplement, comme l’aura été toute sa vie!

Mais voilà que ça fait quinze fois trois mois que le verdict est tombé, trois ans et neuf mois au moment où est écrit cet article, et la vie continue. Que s’est-il passé? Personne ne comprend. Il est hors statistique. Le cancer est comme latent, il attend, il donne du temps, mais quand viendra le moment, Jacques sait très bien que tout ira vite et qu’un tourbillon immense l’emportera. Chaque jour, il remercie la vie. Chaque jour, il remercie Dieu. De jour en jour, il comprend mieux comment s’est fortifiée sa foi pour ainsi se faire un allié du Divin. Car il croit que, sans cette foi, sans la présence très sentie de Dieu, ses forces l’auraient depuis longtemps abandonné. Et il maintient que la vie l’avait préparé depuis quelques années à renforcer cette foi, à l’éveiller à la spiritualité, en l’amenant à collaborer à une pièce de théâtre et en participant à des rencontres avec des jeunes à qui son beau-frère venait en aide pour contrer le suicide et qui avait une foi indéfectible en Dieu et en la vie. Avec le recul, il a compris comment la vie et les forces divines ont préparé et balisé son dernier parcours. Des dimensions nouvelles s’ouvraient devant lui. Des anges se sont présentés sur son chemin. Des messages lui ont été subtilement transmis, il aura su les saisir, les réfléchir et les faire siens. Comme cette certitude qu’il sent soudainement en lui dans un moment de remise en question : « il y a quelque chose après et c’est très beau.»

La fréquentation de la Maison Michel Sarrazin, la rencontre de gens vivant une situation semblable à la sienne et leurs proches lui a permis également de mieux comprendre son aboutissement, d’enrichir son cheminement et d’entrevoir d’une certaine façon ce que les siens vont vivre après son départ. Les forces de l’amour abattent les obstacles. Et le couple que forment Jacques et Lise, et la famille (tissée serrée, comme il dit) qu’ils forment avec leur fils et leur fille savent ce que l’amour véritable signifie. Tous les sentiments font partie de ce grand amour qu’ils partagent, fondus qu’ils sont dans ce tissu éprouvant qui les habille. Ils ont grandi avec lui dans cette épreuve, et la foi de Jacques le convainc qu’une fois parti, quand ils auront besoin de lui, il sera là auprès d’eux.

Jacques Létourneau se dit à l’aise avec l’idée que sa mort surgira brusquement quand l’indésirable au fond de lui s’éveillera à nouveau. Au printemps dernier, après trois ans et plus de sursis, il s’est justement dit que l’été qui venait serait probablement le dernier. À l’écouter, on sent qu’il sait. Tous les jours, il remercie Dieu de lui donner une autre journée. Et s’il a un message à nous laisser, ce serait de nous dire de vivre le moment présent. De profiter de chaque instant. Lors de la rencontre pour ce témoignage, j’avais devant moi un bon vivant, plein d’humour, avec une grande envie de goûter la vie, l’envie de toucher l’amour comme l’amour n’a jamais été touché. C’est Lise, son épouse, qui a finalement résumé ce qu’ils traversent en citant de mémoire une phrase qu’elle avait lue dans une carte que Jacques avait reçue : « Quand la fleur est épanouie, on vient la cueillir. »






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