Michel René - Richard Parent a connu l'enfer de la drogue et la prison. Âgé aujourd'hui de 38 ans, il s'en est sorti courageusement et, depuis une douzaine d'années, il travaille à se refaire une santé physique et mentale. Voici son histoire et le terrible secret qui l'a probablement mené si bas.
Le comportement de Richard a commencé à changer vers l'âge de 8 ans. Déjà à cet âge, il faisait de l'insomnie. À 9 ans, il a commencé à voler des somnifères à sa grand-mère. Il devint violent à l'école, toujours impliqué dans les batailles. Il ne se sentait pas heureux. Il découvrit la marijuana. Le « pot », facile à se procurer à l'école, a constitué pour lui une excellente soupape à la violence. Il s'assouplissait. Il refusait de se battre, il devenait pacifique. Il se sentait plus heureux.
Vers 14-15 ans, tout dégringole. Son mal de vivre et la facilité avec

laquelle il peut se procurer les drogues l'entraîne à en consommer de plus en plus et des plus dures : acide, champignons magiques, PCP, coke et LSD. Il devient même le plus gros « pusher » de l'école. C'est l'illusion d'une belle époque pour lui. Il pouvait se procurer argent et drogues. Il vivait dans les bars, ne rentrait se coucher qu'à quatre heures du matin pour se lever vers sept heures avec une dose de PCP. Le climat familial se détériore. Ses parents en viennent à ne plus le comprendre, son père en particulier, réagit très mal aux comportements de son fils.
Quoi qu'il en soit, sa vie misérable va continuer. À 18 ans, il quitte sa famille. Puis, il devient amoureux, mais, comme il consomme trop, il perdra son job, la blonde qu'il aimait, et un grand ami. Il se retrouve dans la plus grande pauvreté, physique et morale. Il devient itinérant. Et il continue de consommer. En relation avec le crime organisé, il se fait complètement démolir à cause de dettes impayées. Un de ses amis ne le reconnaît que par la voix tant il est défiguré. Désespéré, il entre dans une période suicidaire. Il cumule les drogues, consomme tout ce qu'il trouve. Entre 18 et 24 ans, il aura tenté deux fois de se suicider.
Puis un jour, il se fait arrêter et est condamné pour un vol dans un dépanneur. Désespéré et révolté, la violence ayant repris son lot, Richard met le feu au matelas le premier soir dans sa cellule. Toutefois, cette période sera salutaire pour lui. La rencontre et la confiance d'un agent de probation lui ouvrent un nouvel horizon. Bien qu'il ait déjà fait trois thérapies sans succès, l'agent lui suggère une thérapie de six mois à Carignan à Trois-Rivières. Ce sera suivi de deux mois de réinsertion sociale à Portage et d'un stage dans une compagnie photographique où il travaillera trois ans. Il retournera ensuite aux études finir d'abord son 5e secondaire, puis étudier à l'université en toxicomanie tout en travaillant dans ce domaine en même temps.
À présent, Richard sait que ce vol était un cri d'alarme. Depuis, il a suivi plusieurs thérapies qui l'ont amené à révéler son terrible secret. Richard avait, entre 8 et 12 ans, été abusé sexuellement par un proche de la famille qui avait la confiance de ses parents. Il avait tout gardé pour lui, car il n'osait révéler le drame par crainte de ne pas être cru, ayant déjà des relations difficiles avec son père. À 12 ans cependant, il était devenu assez fort physiquement pour repousser définitivement son agresseur. Mais le mal était fait.
Il travaille encore beaucoup sur lui-même, tant physiquement que mentalement. Après tout ce qu'il a traversé, il ne comprend pas qu'il soit toujours vivant, sinon que la vie a encore des choses à lui apprendre. Et, malgré tout, il dit que « la vie lui a procuré ce dont il avait besoin au bon moment ». Comme quoi l'espoir renaît toujours.
Propos recueillis par Richard Giguère de la Fondation Giguère.