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j a n v i e r    2 0 0 7
Claude Cossette
« Un géant qui a aussi ses petites frayeurs et ses grands questionnements. »


Michel René - Claude Cossette, le gourou de la publicité au Québec, est un homme affable, rieur, plein d’humour, d’une intelligence vive, d’une fabuleuse énergie, d’une grande générosité et plus qu’un brin provocateur. Il a une longue histoire derrière lui et quiconque s’intéresse à la publicité et au domaine des communications ne peut l’ignorer, la célèbre agence de publicité qu’il a fondée porte encore son nom. Et bien qu’il projette une image de géant parmi des lilliputiens, monsieur Cossette est un être humain à la même mesure que tout être humain, il a aussi ses frayeurs et ses questionnements.

Claude Cossette aime la vie, il y mord à belles dents. Et, bien que la vie n’ait pas toujours été facile pour lui, il n’a pas non plus été facile avec elle et avec son entourage. Il marchait et marche encore probablement d’un pas trop rapide. Son regard porte trop loin. Cependant, il commence à ralentir et le spectre de la vieillesse l’obsède. Sont-ce ses 69 ans qu’il aura quelques jours après cette entrevue qui le renverse? Pas tout à fait. Cela fait plus de vingt ans qu’il lit sur la mort, qu’il essaie de comprendre ce passage, cette échéance de la vie et, comme il dit : « On croît toute une vie pour en arriver à dépérir. » Aujourd’hui, ça se bouscule différemment dans sa tête, plus doucement. Il se sent plus sage, moins prisonniers de ces questions, mais en même temps, les bobos apparaissent, la fatigue se fait sentir plus tôt, le corps commence à exprimer ses limites, il se fragilise.

Professeur titulaire à l’Université Laval, il se sent un peu comme un missionnaire. Il a besoin d’expliquer, de démontrer, de persuader. Il se sent responsable de transmettre son savoir, ses doutes et ses convictions. En bout de route, il lui faudra bien un jour prendre sa retraite. On soupçonne qu’il s’en éloigne constamment, mais il a ses craintes : soit qu’il devienne un vieux « radoteux » qu’on n’écoute plus ou qu’on écoute que par respect ou nostalgie, soit que la santé l’empêche de continuer. Au fond de lui toutefois, il sait, il espère en tout cas, qu’il pourra toujours s’adapter à la situation. La retraite constitue même pour lui un de ses plus grands défis. « Le cadre des autres te contraint », dit-il. Il a peur de se retrouver sans ce cadre, sans ces paramètres qui lui garantissent un terrain fertile et générateur de forces et d’idées. Un peu comme se faire la barbe à la lame sans miroir, on a peur de s’écorcher. « Quand j’prendrai ma retraite, j’deviendrai romancier. Je ne suis pas capable de ne rien faire. Et j’ai peur de m’ennuyer. » Il aime voir bouger autour de lui, il aime être soutenu et confronté par la compétence des autres.

Quant à l’idée d’une vie après la vie, il aime mieux s’abandonner aux forces de cette vie-ci. Pour lui, la religion est un ensemble d’images, de figures de rhétorique qui tentent d’expliquer les choses. Chacun a son système d’images. Il aime mieux se considérer comme une poussière d’étoiles qui deviendra toute autre chose après la mort. Ainsi ira sa grande métamorphose, sa seule continuité.

Pour l’instant, bien qu’il commence à être sur ses gardes, il fonce encore avec toute son énergie. Et, résume-t-il élégamment : « Finalement, si on n’est pas capable d’avoir ce que l’on souhaite, faut souhaiter ce que l’on a. » On lui souhaite de rester jeune encore longtemps.




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