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Anne Beaulieu
« Vivre pleinement et heureusement sa maladie »


Michel René - L'année 1980 aura été éprouvante pour Anne Beaulieu. Le mois d'août de cette année-là marque ses 27 ans. Elle est mariée depuis huit ans déjà, elle et son mari ont deux jolies jeunes filles de trois et six ans, elle travaille dans le domaine bancaire et tout semble aller pour le mieux. L'avenir est prometteur et l'optimisme règne. Mais voilà que.

Quelques jours avant son anniversaire, des picotements se font sentir du pied à l'épaule gauche. Elle devient engourdie. Elle s'inquiète. Rapidement, les symptômes attaquent l'autre côté. Elle consulte. En septembre, elle est hospitalisée, mais ce n'est que le 15 décembre qu'elle apprendra le terrible diagnostic : sclérose en plaques. Sa première préoccupation a été pour ses parents. Comment allait-elle leur annoncer cette triste nouvelle? Son médecin la rassure, elle était la seule à ne pas savoir.

Dans la première année de sa nouvelle condition, Anne subira trois grosses poussées de cette maladie du système nerveux. Elle fera trois arrêts de travail de trois mois chacun pour finalement cesser définitivement en novembre de l'année suivante. Les 10 premières années ont été les pires. Deux à trois crises par année. Manque de coordination, manque de prise manuelle. Le mal affecte particulièrement ses jambes. Sa mobilité se réduit de jour en jour. Aujourd'hui, Anne se déplace lentement avec un déambulateur et conduit une auto modifiée pour ses besoins.

Au début, comme elle ne connaissait pas vraiment tous les aspects et les conséquences de cette maladie dégénérative, elle l'a prise au jour le jour, sans brûler d'étapes. Elle pensait qu'elle devait faire le maximum pour ses filles. Pour le reste et pour la suite, elle verrait. Puis, quand les filles ont quitté l'école, elle ne se sentait pas si mal que ça. Alors, c'était pour elle normal de continuer. Et c'était pour elle normal de donner, d'accepter, d'aimer. Elle ne voulait pas de pitié. Elle voulait vivre avec son handicap. Elle était déterminée à se débrouiller par elle-même. Elle est plutôt du genre à s'organiser toute seule. Du genre à vous dire : « Si tu as besoin, je suis là », plutôt que de dire : « Vas-tu être là si j'ai besoin? » Elle ne sait pas se plaindre, elle sait apprécier. Elle s'est toujours dit : « J'veux pas faire vivre aux autres ce que je subis. » Et, comme elle n'aime pas l'impuissance, elle préfère s'efforcer de faire quelque chose malgré les crises sporadiques de la sclérose que de se laisser envahir par celle-ci sans rien faire. « Moins t'en fais, moins tu veux en faire », se dit-elle.

Femme très ouverte, très dynamique, très positive, Anne vit sa condition avec force et détermination. Son mari l'ayant quittée définitivement il y a dix ans, elle vit seule à présent et avoue qu'elle aurait beaucoup d'amour à donner et autant de plaisir à en recevoir, mais voilà. on sent une certaine abnégation et ses yeux en disent plus que ses paroles.

Seule face à elle-même, Anne a développé sa propre spiritualité. Croyante, non pratiquante, elle a pris conscience de ce qu'elle appelle « les hommeries », c'est-à-dire les futilités, les récriminations inutiles et toutes ces choses négatives et limitatives, et a reconnu les forces de l'essentiel. Vivre un jour à la fois au maximum les bonnes et les mauvaises choses qui nous arrivent. Les mauvaises nous font grandir, les bonnes nous récompensent. Ainsi va la vie!

Et son sourire et son regard et son goût de la vie me sont restés.




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