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Anne Beaulieu
« Ce que la vie nous prend, ce que la vie nous rend! »


Michel René - Anne Beaulieu souffre de sclérose en plaques depuis 1980. L’été dernier, elle racontait dans un témoignage comment s’était présentée cette maladie, quelles en furent les conséquences et de quelle manière tout cela avait transformé son univers. Elle nous disait surtout la façon dont elle veut vivre avec son handicap. Qu’elle est déterminée à se débrouiller par elle-même, qu’elle ne sait pas se plaindre, sachant plutôt apprécier. Qu’elle ne veut pas faire vivre aux autres ce qu’elle subit. Qu’elle préfère s’occuper au lieu de se laisser envahir passivement par la maladie.

Mais voilà que sa détermination l’a rendue imprudente et la maladie, sournoise, est venue l’affecter par un autre biais. Peu avant les Fêtes, elle commence à se sentir moins bien. Elle se croyait, encore une fois en pleine crise de sclérose. Mais Anne ne voit jamais ça au pire. Elle se dit tout le temps que ça ira mieux le lendemain. Elle attend donc que les choses passent. Car, pour elle, le temps n’a plus la même dimension que pour nous. Chaque fois qu’elle veut faire un geste et qu’un de ses membres ne répond pas, il lui faut attendre. Patiente, elle respire et attend. Être en avance ou en retard, n’a aucune importance. Elle attend. Lucide, elle vit à son rythme et profite de chaque bon moment. Elle reçoit aux Fêtes un billet de spectacle pour mai, inévitablement elle pense comment elle sera à ce moment-là. Un jour à la fois, une heure à la fois. Et, pourquoi s’en faire avec le matériel, alors qu’il y a tant d’autres choses plus importantes?

Anne passe beaucoup plus de temps assise et en fauteuil roulant. À la longue, une tache noire est apparue sur une fesse et elle ne s’en préoccupait pas. Il y a quelques mois, sa mère, venue la visiter, découvre la plaie infectée en l’aidant à faire sa toilette et s’en inquiète. Elle lui fait également prendre conscience de la gravité de son état général. Anne est donc hospitalisée à nouveau. Le traitement dure deux semaines. On gratte la peau, on aspire le mauvais et on greffe de la peau.

Quarante-huit jours d’hôpital, dont la moitié sans bouger. Elle trouve le moyen d’apprécier son séjour. D’apprécier « tout ce personnel qui travaille à s’arracher le cœur », comme elle dit. Elle garde son sens de l’humour, sans ironie pour sa condition. Elle découvre des choses sur elle-même. Blessée dans son orgueil, elle apprend à se laisser aider pour ses soins et besoins personnels. Elle ne veut pas de chambre seule. Et, dans une chambre à quatre, elle apprend la tolérance, elle apprend le beau côté des êtres affaiblis par la maladie. Elle apprend le partage de la souffrance et se trouve chanceuse par rapport à la souffrance des autres.

Elle partage aussi de petits bonheurs, de belles joies, de belles amitiés. Une voisine de chambre âgée dont elle croyait qu’elle exagérait ses plaintes et ses délires la nuit, se révèle d’une grande sensibilité, d’une belle émotion. Que dire du face à face tant attendu avec une autre compagne qui, elle aussi, souffrait d’une plaie de pression et qui, pendant 14 jours, devait, comme Anne, se faire retourner d’un côté et de l’autre toutes les deux heures? Elles avaient convenu du face à face pour pouvoir se parler en se voyant aux deux heures.

L’une de ses filles est venue l’aider à sa sortie de l’hôpital. À son arrivée chez elle, son petit-fils de six ans s’incline, lui enlève ses souliers et lui met des pantoufles. Le cœur d’Anne est de nouveau gonflé d’amour.




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