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Pierre Villeneuve
« Sur le chemin de Compostelle »


L’histoire du Chemin de Compostelle est plus que millénaire. Ce qui marque beaucoup le pèlerin d’aujourd’hui, c’est qu’il foule le même sol qu’ont foulé des milliers de pèlerins depuis le Moyen-Âge; il est guidé par « le chemin des étoiles », cette même Voie lactée qui permit à Charlemagne de rejoindre Compostelle. Depuis vingt ans, les chemins de Compostelle (il y en a quatre qui partent de France et plusieurs en Espagne) connaissent un succès grandissant, au point d’accueillir des dizaines de milliers de marcheurs de tous les coins du monde. En ce qui me concerne, je vais tenter de vous faire part de ma démarche personnelle.

C’est d’abord la réflexion d’un projet de retraite qui m’a mené vers ce Chemin. Je m’étais alors fixé quelques conditions de base que je voulais à tout prix inclure dans ce projet. Il fallait au départ que ce soit : un projet à moyen ou long terme, qui réponde au maintien de ma condition physique, un projet culturel et historique, en plus de comporter un aspect spirituel.

En plus de la mise en forme physique en effectuant à pied plusieurs pèlerinages au Québec et en parcourant de nombreux sentiers montagneux des parcs du Québec, il m’a fallut, pendant ces 3 années de pré-route, voir à la planification de mon voyage, à l’achat de certains équipements et à une certaine préparation psychologique : laisser de côté mes petites habitudes, chercher une vie simple et surtout faire confiance à la vie.

Au mois d’août 2003, seul, je pars de Puy-en-Velay en France et je me rends, tel que prévu, à Puenta la Reina en Espagne, 850 km plus loin. Je m’étais préparé un itinéraire en me basant sur mes performances québécoises. Je ne me doutais pas que le sud-ouest de la France était si « vallonneux ». Partir avec peu, laissé tout derrière soi, apprendre à partager alors qu’on est habitué à tout faire seul, marcher et marcher toujours, sous la pluie, le soleil ardent, dans le vent et dans la vase. Par exemple, moi, je suis habitué à faire mes affaires, seul, on peut dire que je suis un type « solitaire ». Le partage, ce n’est pas mon fort… Le social, non plus… Donc, habitué à vivre dans mon antre, il m’a fallu tout partager:

- décider du prochain repas du soir avec des gens que je connaissais à peine, des gens rencontrés le jour même

- partager une chambre de 2 à 10 lits ou un dortoir avec des lits à deux étages et même des lits à trois étages (quand y en a un qui grouille, tout le monde grouille…). Qui prend le 1er ou le 2ième ou le 3ième étage? À Roncevaux, il y avait un seul dortoir qui était composé de 100 lits à deux étages; vous pouvez vous imaginer qu’on y entendait toutes sortes de bruits… À 5h00, le matin, on entend les cellulaires qui sonnent à titre de réveille-matin, on entend le bruits des sacs de plastic dans lesquels les pèlerins placent leurs effets dams leur sac à dos pour les préserver de la pluie, et c’est la marche vers les toilettes à toute heure de la nuit; vous savez, sur le chemin, ce n’est pas nécessairement des jeunes que l’on rencontre et à un certain âge, la prostate, on ne la contrôle plus comme on veut… À Larasoana, en Espagne, dans une chambre, il y avait 4 matelas sur le sol d’une chambre; nous y avons couché 5 personnes : 2 femmes, 3 hommes… je peux vous dire que les femmes étaient contentes de me connaître, elles se sentaient en sécurité.

- partager une salle de bain, une douche où plusieurs personnes ont passé avant moi avec tout ce que ça peut comporter…

Mais, il ne faut pas dramatiser; c’est comme dans la vie de tous les jours, il y a de très bons moments et des moins bons. Et jamais, au cours de ce voyage, je me suis senti menacé ou en danger. Je ne cherchais pas la misère dans cette aventure.

Même si j’entendais dire que marcher le Chemin de Compostelle, ça changeait une vie, j’avais quelques doutes et je ne m’étais fixé aucune attente. Je restais cependant ouvert à tout. Les premiers jours, mon attention était centrée sur la route à suivre, sur les nouveaux paysages, sur mes pensées, sur les gens que j’avais laissés. Plus les journées passaient, plus ma réflexion se faisait profonde. Mes souvenirs refaisaient surface. Ma vie se déroulait sous mes yeux et je revivais tous ces instants. La marche, d'étape en étape, jour après jour, se révèle une épreuve d'endurance physique et de persévérance. Elle accompagne une autre marche, intérieure celle-là, qui nous conduit à mieux nous connaître en parcourant notre vie intérieure, en réfléchissant sur nos valeurs et nos priorités, en prenant la mesure de notre vie. Évidemment, je me suis posé beaucoup de questions, celles qu’on n’a jamais le temps de se poser et encore moins d’y répondre. Durant cette marche, j’ai eu tout le temps pour le faire. C’est pour cette raison, à mon avis, qu’il est important de marcher seul.

En somme, j’ai vécu une longue retraite fermée, mais en marchant. Je souhaite à tous ce beau cadeau que la vie nous offre.

Monsieur Villeneuve est disponible pour donner une conférence à des groupes. Pour plus d'informations, entrez en contact avec lui ici : inscription@fondationgiguere.com.




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