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Yolande Hamel LaRue
« À chacun son lot dans la vie ! »


Michel René - Pour Yolande Hamel LaRue, chacun a son lot dans la vie, il s'agit de l'accepter. Plus vite on l'accepte, plus vite on se console, plus vite on passe à l'action. Rien ne sert de s'apitoyer sur son sort, il faut composer avec la vie, parfois dure, parfois très dure, mais souvent belle et, somme toute, merveilleuse.

Jusqu'à l'âge de 35 ans, Yolande a une vie heureuse. Jolie femme, toujours bien vêtue, elle est mariée à un homme qui lui donnera quatre filles. Mais voilà, c'est lorsqu'elle est sur le point d'accoucher de sa quatrième que tout se gâte. Son mari décède d'une défaillance cardiaque. Elle dira que ce sont les soucis financiers qui auront eu raison de lui. Au baptême de sa fille, elle cachera sa peine derrière des verres fumés.

Elle se retrouve avec une petite maison, payée grâce à l'assurance, et un revenu de cinq mille dollars par an en tout et pour tout pour éduquer ses quatre enfants. On est en 1952. Mais qu'à cela ne tienne, il faut affronter la vie. Déjà, une semaine après le drame, elle accompagne ses filles déguisées dans les rues d'un triste « Mardi gras ». Financièrement, on s'arrangera. Des gens l'aident un peu. Elle coud et fait tout par elle-même. Elle n'a jamais acheté de robes aux filles. Le plus dure, c'était l'absence de son mari, cette brusque solitude amoureuse qui nous rive un temps aux bouleversements intérieurs, et elle ne voulait pas montrer ses pleurs.

Mais s'apitoyer sur son sort créait un vide encore plus grand autour d'elle. C'est une petite phrase de son frère qui la sortira de son mal-être : « Tu te consoleras dans la mesure où tu accepteras. » Elle s'est alors reprise petit à petit et s'est mise à s'intéresser à l'éducation et aux besoins de ses filles, à s'ouvrir aux autres, à l'amitié, à de belles aventures amoureuses même. À cinquante-cinq ans, elle déniche un travail de téléphoniste qu'elle gardera pendant dix ans. À ce même âge, elle apprend et pratique le patin artistique. Elle devient même monitrice. Toutes activités qui lui feront s'entendre dire un jour que « ça ne donne rien d'aller piger chez le voisin, il faut s'arranger avec ce qu'on a et, au bout du compte, la vie est merveilleuse.»

Aujourd'hui, à 86 ans, Yolande apprécie ses bonheurs. Au dessus de tout, malgré la douleur des ruptures de ses quelques relations amoureuses, l'amour entre un homme et une femme. Elle en gardera toujours de beaux souvenirs. Puis, sa vie familiale et tout ce que cela comporte de joies et de peines. La relation avec ses filles, leur éducation, leurs besoins, leur cheminement dans l'adolescence, leurs amours difficiles et tout l'amour qu'elles partageaient. Elle a même passé un an en Europe avec trois de ses filles, chacune ayant ramassé son argent petit à petit. Enfin, la troisième plus belle chose au monde, c'est l'amitié. Les amitiés d'enfance que l'on cultive, que l'on protège, et les nouvelles que l'on découvre et que l'on apprivoise au fil des ans.

L'essentiel pour elle, c'est de contempler les beautés de la nature, la splendeur de l'univers. Elle y trouve son compte et ça lui donne sa force. Mais, à son âge, elle comprend maintenant que, quand on est jeune, on a peur de mourir, et que, quand on est vieux, on a peur de ne pas mourir assez vite. Légèrement inquiète de vivre trop longtemps, elle continue à profiter des bons moments de la vie.

Propos recueillis par Richard Giguère de la Fondation Giguère.




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