Clavardez avec nous !


s e p t e m b r e    2 0 0 3
Claude Dionne
« Sur les chemins rocailleux de la vie »


Michel René - Claude Dionne a eu une vie remplie de coups durs. Originaire de Montréal, âgé de 63 ans, il fait partie des « enfants de Duplessis ». Il en aurait long à dire sur le sujet, il préfère dans cette entrevue parler du goût de vivre retrouvé, mais pour y arriver il doit parler de celui qu'il avait perdu.

Abandonné par ses parents à l'âge de 4 ans, il est recueilli par les Sours grises de Montréal, où il restera pendant huit ans subissant un régime de vie difficile, humiliant et souvent désespérant. Huit années de misère, comme il dit ! Il se retrouve ensuite chez les frères de la Miséricorde au collège Huberdeau dans les Laurentides. Et dans le mot Miséricorde, il saura reconnaître le mot misère à de multiples reprises. Car pendant trois ans, il avoue avoir été maltraité, violenté et violé de nombreuses fois tout en se faisant traiter de menteur quand il s'en confessait. C'était pour lui le régime de la peur.

À 16 ans, il se sauve du pensionnat et s'installe un temps dans l'Ouest canadien où il apprendra l'anglais. Mille et un métiers, mille et une misères. Mais il est libre et ne subit plus les heurts et sévices de son enfance qu'il veut oublier. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que la vie lui réserve d'autres malheureuses surprises.

De tous ses métiers, celui de mécanicien lui aura permis de travailler 18 ans pour une société immobilière. Un semblant de vie normale s'était installé. Un mariage, des enfants, et voilà qu'il perd une fille à l'âge de huit ans. C'était en 1968. Son épouse n'a jamais pu supporter ce drame. Ils se sépareront en 1984 et elle décédera 2 ans plus tard. Et comme s'il n'en avait pas assez, son fils, il y a six ou sept ans, se fait arrêter et écope d'une peine d'emprisonnement de 10 ans. C'est la goutte qui fait déborder le vase, l'accumulation de malheureux événements est au comble, le presto est au max de sa capacité et le couvercle saute, comme on dit.

Il en veut à la vie. Les souvenirs d'enfance resurgissent. La révolte et le goût de vengeance s'installent. Il veut tout détruire autour de lui. Il veut se détruire. Il perd goût à la vie, laisse son emploi, détruit des tableaux signés de grande valeur, tire plus ou moins 40 000 dollars par les fenêtres. Il se laisse descendre, il ère dans les rues comme un clochard, devient une loque humaine. La souffrance l'appelle au suicide.

Jusqu'au jour où un ancien compagnon de travail le rencontre et lui rappelle les belles qualités qu'il lui avait connues. Ça l'a secoué de voir qu'il y avait encore quelqu'un pour voir le bon en lui, ses possibilités et ses forces. Ça l'a fait repartir. Il est allé chercher de l'aide auprès de psychologues et psychiatres. Il a su retrouver ses forces intérieures pour vaincre sa détresse. C'est ce qui compte à présent pour lui, cette force qu'il ne savait pas posséder.

Aujourd'hui, il a décidé de parler de son enfance qu'il avait tenue strictement secrète, même à ses proches. Il cherche à s'en libérer. Il y parvient puisqu'il se dit heureux à présent. Retraité, il vit sobrement et fait beaucoup de bénévolat. Il veut aider. Mais il a un message qu'il veut absolument transmettre : « Quoi qu'il arrive, n'abandonnez jamais le goût de vivre. Le soleil reluira nécessairement de nouveau. »

Sur les chemins rocailleux de la vie, il y aura toujours une pierre plus belle que les autres pour vous la faire mieux apprécier.

Propos recueillis par Richard Giguère de la Fondation Giguère.




Accueil_A propos_Produits_Entrevues_Philosophie_Michel René_Clifford Cogger_Pensées_Prières_Textes_C@rtes virtuelles_Clavardage_Liens_Contact

2001-2012, Fondation Giguère.
Version 3.0.