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s e p t e m b r e    2 0 0 6
Daniel Marcoux
« Comme un étranger dans ses souliers »
Ou, quand le mal de ventre crie son mal de vivre


Michel René - À première vue, Daniel Marcoux ne projette pas tous ses bouleversements qu’il porte en lui. Grand, de fort belle apparence, articulé, intelligent et très sympathique, il se montre de très bonne compagnie. Et pourtant, à l’intérieur de lui, il se sent comme un extraterrestre qui cherche à faire sa place dans un monde qui ne semble pas fait pour lui. Tout cela se traduit par des troubles d’anxiété difficiles à gérer et qui ont bouleversé sa vie.

D’aussi loin qu’il se souvienne, Daniel dit avoir toujours eu mal au ventre. Tout était prétexte à fuir ce mal qui le tenaillait. Jeune, il s’étourdissait dans le sport et, plus tard, dans les études, la guitare, avec les amis et dans le travail. Lorsqu’il s’arrêtait, le mal de ventre reprenait. Sujet tabou pour lui, jamais il n’en parlait.

Avec deux diplômes d’études collégiales en génie mécanique et en informatique, il s’était taillé une bonne place sur le marché du travail. Tout semblait aller pour le mieux. Compagne de vie, maison, deux autos et tout le tralala. Mais voilà qu’à 29 ans une première crise aiguë de panique le terrasse. Plus rien ne va. L’ange noir de la détresse a passé. Reprise du travail, naissance d’un premier enfant, une fille. Une deuxième crise surgit. Il a 30 ans. Un médecin diagnostique des troubles d’anxiété, il prescrit Paxil et Rivotril. Début d’un long calvaire, l’ange noir voulait s’installer. Cinq années ont suivi régies par la médication. Reprise du travail, naissance d’un garçon. Mais un matin, un gros nuage noir s’abat sur lui et le corps ne réagit plus. Son médecin lui autorise un congé et lui remet une prescription pour le département de psychiatrie.

Trente-cinq jours d’hospitalisation dans un environnement qui l’a effrayé, avec une médication qui l’approchait du néant et des nouvelles peu réjouissantes pour sa vie familiale : sa compagne le laissait et ne souhaitait plus que les enfants le voient dans cet état. Les amis ont suivi. La psychiatrie effraie, personne n’aime s’associer à un « fou ». Sentiment d’abandon total. Solitude effrayante. L’ange noir s’était emparé de lui. Une liste impressionnante de médicaments censés l’aider le rendait encore plus malade. Et ça a duré quelques années. Son employeur l’a congédié. Imaginez en plus toutes ces batailles qu’il devait livrer pour essayer de sauver son emploi et sa vie familiale.

Aujourd’hui, à 39 ans, il fait fuir l’ange noir. Il essaie avec son nouveau médecin de faire le ménage dans ce qui lui reste de médication. Le sevrage lui cause bien sûr des problèmes, mais il veut s’en sortir. Il a recommencé à voir ses enfants la fin de semaine, ils s’apprivoisent lentement. Sa longue solitude lui a permis de méditer, de lire beaucoup et de découvrir les outils qui lui permettent de se reconnecter avec ses émotions, d’envisager un mieux-être. Dieu a pris une large place dans sa guérison psychologique. Il a cherché en lui un soutien nécessaire et des portes de sortie. Il lui a souvent demandé de placer sur sa route des gens dont il avait besoin. Et ces gens se sont présentés. Ces gens l’ont aidé.

Aujourd’hui, Daniel pense qu’il n’avait pas besoin de la psychiatrie et de toute cette médication pour s’en sortir. Le système de santé l’a reçu froidement et indifféremment alors qu’il cherchait attention et amour. Les siens l’ont abandonné. Il aurait fallu que quelqu’un comprenne son mal et l’oriente vers les bonnes personnes. Sa colère et son sentiment d’injustice par rapport à la vie n’ont pas complètement disparu, mais il apprivoise tranquillement et silencieusement la vie. Il apprécie de plus en plus ce que la vie lui apporte de bon chaque jour et il rêve de ce qui s’en vient, car il a appris durement que tout nous est prêté et que c’est à chacun de nous de faire de son mieux.




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