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Avril 2014
Le coup du caillou
Ou quand la frivolité devient une nécessité


Michel René -

Par un beau jour de printemps, vous décidez de prendre l’air. Vous vous dites que c’est assez, l’hiver a été long et difficile, votre vie va cahin-caha, vous aimeriez qu’il vous arrive de grandes choses, mais de jour en jour vos jours restent moroses. Vous pensez alors que le grand air de la campagne vous ferait du bien. Qui plus est, la solitude d’une route très secondaire, un sentier désert, serait l’idéal. Vous avez besoin de vous retrouver… seul, libre.

Vous sautez dans l’auto. De bonnes bottes, un bon manteau, un peu d’eau et non, pas d’appareil photo. Que vos yeux, vos oreilles, et vous partez à la recherche du petit coin tranquille à dénicher. Vous avez certes une petite idée de l’endroit où vous aimeriez aller, mais vous viraillez un peu ici et là, pas pressé d’arriver, déjà un peu décontracté, goûtant dès à présent l’aisance de votre relative liberté.

La route que vous venez d’emprunter vous mène dans un endroit inconnu. Quel est donc ce petit lac désert que je n’avais jamais vu? Une route étroite en terre en borde une bonne partie. Quelques chalets encore hivernés attendent d’être « printannisés ». Vous venez de trouver. Un mince élargissement sur l’accotement et vous vous y rangez. Portes verrouillées, déjà debout près de l’auto, vous respirez. Vous respirez un nouvel air, l’air de la solitude, l’air de la beauté, l’air de l’intériorité. Curieusement, vous constatez que c’est à l’extérieur qu’on rejoint le mieux son intérieur. Quelle bonne idée! Vous aimez. Et pas un seul pas n’a encore été fait.

L’air est frais, vivifiant. Oups, vous avez oublié vos gants. Sans importance. Les mains dans les poches, tel un gavroche, le col relevé, le foulard bien entouré, finalement tout pour vous donner ce petit côté désinvolte que vous vous méconnaissiez. Encore une fois, vous aimez! Et vous le faites pour vous, non pour la parade, comme un petit cadeau depuis longtemps désiré. La joie, le bien-être vous gagnent. La lumière est plaisante, le soleil juste assez présent pour vous sentir confortable, très confortable. Une mélodie remonte soudainement. Vous murmurez. Vous goûtez le temps. Vous avancez, clopin-clopant, votre allure ralentit, votre corps s’amollit, vous sentez monter en vous la force de l’abandon et oups, un indifférent coup de pied sur un caillou. Et un autre, puis un autre. Vous courez même après lui pour ne pas qu’il se perde dans le fossé. Vous venez de vous faire un ami. Un ami capable d’en prendre et qui à chaque coup que vous lui donnez éveille en vous des images d’enfance, de jeunesse, des images d’insouciance et de tout est permis. Vous vous rendez finalement compte que, bien qu’elle vous ait bien servi, la vie vous a quand même enfermé dans un certain carcan, qui à la longue vous a alourdi et qui arrive près de vous étouffer. Vous sentez comme un grand besoin de frivolité.

Et vous décidez que, dorénavant, il y aura toujours, où que vous soyez, ces petits moments d’intime simplicité. Il ne vous suffira que de garder à l’esprit, comme un ancrage, ce caillou qui vous aura révélé qu’à trop la tendre, une corde risque de casser.

C’est le grand Érasme au XVIe siècle qui disait dans l’Éloge de la folie que « Rien n’est plus sot que de traiter avec sérieux des choses frivoles, mais rien n’est plus spirituel que de faire servir les frivolités à des choses sérieuses. » Mettons donc un peu de folie dans notre vie.

Bon printemps.




Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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