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Décembre 2016
Et si Noël n'existait pas?
Petit conte pour laissés-pour-compte.


Michel René -

« Tout a commencé vers la fin novembre. Les nuages se sont installés, sans pluie ni neige. Que du gris. Que du froid et de l’humidité. Au début, personne n’y portait trop attention, habitués que nous sommes, en cette saison, à la durée restreinte des jours et aux pluies fréquentes d’automne. Ça a cependant duré tout le mois de décembre. Temps maussade, longues nuits. Mais il y eut pire.

Le vent, d’abord sournois, s’avéra de plus en plus insistant, j’allais dire insidieux. Ce que nous ignorions, c’est qu’il portait en même temps, dans chacune de nos chaumières, un vilain virus qui éteignait en nous toute lumière. Nos souvenirs s’égaraient aux méandres de l’oubli. Plus envie de rien. Que la vague impression de se mouvoir en plein néant. Perceptions sensorielles et sentiments s’amenuisaient. Nous n’y pouvions rien. Une force inconnue s’en prenait à nous et nous affaiblissait, nous anéantissait. Manque d’intérêt, désabusement et je-m'en-foutisme s’installaient.

Vous imaginez? Cette année-là, il n’y eut pas de Noël. Tous en vinrent à déambuler dans le gris des rues comme des zombies sur le bord d’un fossé. Aucune envie de décorer, aucune envie de festoyer, aucune envie de donner, ni de recevoir. Que l’envie du noir. Que l’envie de rentrer chez soi le soir, seul, à attendre sans espoir. Sachant demain comme la veille. En venant même à espérer demain comme la veille. Tout sourire rangé au hangar de l’indifférence.

Une laine de plus palliait l’absence de flammes au feu noir de l’âtre. Ni sapins, ni guirlandes, ni boules rougeoyantes, ni bougies rieuses, ni cantiques, ni folklore. Ni présents, ni échange, ni bombance. Pas d’abus, pas de retenue. Tôt couché, nuit sans rêve. Sans plaisir, sans désir, sans mal ni souffrance. Que l’absence. Le bonheur des morts, quoi!

L’activité humaine à zéro au thermomètre de l’économie, grands magasins, quincailleries, bijouteries, fleuristes, délicatesses, traiteurs, restaurants, salles de réception, hôtels et épiceries baissèrent leurs prix. Inutile démarche, plus rien ne marche. Et pas très envie de bousculer. Pourquoi ne pas s’arrêter, eux aussi? Tous en conviennent, rien ne vaut la peine.

C’est alors que se produisit quelque chose d’inattendu. Le vent tomba, le temps s’alourdit encore plus et un orage éclata. Est-ce le bruit du tonnerre, l’éclat de l’éclair ou le mal de ne rien faire, toujours est-il qu’un individu sorti dont ne sait où déambula dans la rue, flambeau allumé au poing. Il murmurait quelque chose d’inaudible, mais quelqu’un finit par l’entendre. Il répétait constamment ceci : « J’ai retrouvé la flamme et quelqu’un quelque part a besoin de cette lumière. » »

Le temps des fêtes approche et nous courons dans tous les sens. Nous en évitons d’ailleurs depuis longtemps le vrai sens. Noël, fête de la nativité chrétienne, s’inscrit de plus en plus dans les registres païens. Et nous essayons timidement, maladroitement de nous réjouir. C’est comme si nous faisions semblant, égarés que nous sommes dans les valeurs oubliées.

Oui la fête c’est pour fêter. Oui, aux fêtes on aime partager. Mais nous oublions trop facilement ceux pour qui le conte ci-dessus est une réalité. Que faisons-nous pour les déshérités, les moins bien munis, les oubliés? À Noël, fête d’amour, d’amitié, de partage et de renaissance, ne devrions-nous pas tous inviter un esseulé? Ainsi, nous redonnerions un peu de vrai sens aux vraies réalités.

Joyeuses Fêtes!




Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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