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Juin 2012
De l'ombre à la lumière

Michel René -

Le vent s’amuse à couvrir le chant des oiseaux. La pluie, depuis quelques jours, ne cesse que pour mieux reprendre. Le temps s’entête à la colère. Juin pleure sa peine de voir ses longs jours raccourcir. Adieu les belles et longues soirées où la lumière s’attarde au bougeoir des délices. Moi, seul dans ce chalet isolé qu’on a bien voulu me prêter pour quelques jours, j’attends. J’attends le soleil, j’attends le beau temps. Mon idée était de prendre des vacances seul pour réfléchir, pour jouir en solitaire de la nature et du temps qui passe. Je suis servi.

Aujourd’hui, comme depuis que je suis ici, je suis allé marcher lors d’une accalmie. Je me suis fait chaque fois surprendre par la pluie. Sous mon manteau de pluie, ma solitude m’a ravi. Faire face aux intempéries m’a permis de constater que je ne suis jamais mal pris. Et, que c’est agréable de n’avoir personne à qui manifester son mécontentement et de qui entendre les jérémiades à propos du sale temps! Il fait toujours beau finalement. Quand le temps est au gris, il nous faut recréer le soleil. Et c’est notre soleil intérieur qui ravive l’idée de l’autre qui s’absente momentanément. J’aime le soleil, j’aime la chaleur, j’aime me laisser prendre par le temps qui passe. C’est dans ces moments de plénitude que mon être exulte. Les jours-soleil invitent à la douce délinquance. J’ai le goût de fuir et celui de jouir de la vie. J’ai le goût à la nature, j’ai le goût à l’aventure. Au diable les responsabilités, elles peuvent attendre. Enfin, parfois!

En ce début d’été où j’ai pris le risque de vacances solitaires, je ne peux que me laisser porter. Mon ami le soleil a lui aussi pris des vacances. Alors je lis, j’écris. Je lis, j’écris. Je tourne en rond à l’écoute de mes pas. Je refais mon lit dans celui de mes idées. Je pense. Sans dépenses. Je me laisse être. C’est déjà une magnifique activité. Les fenêtres miroirs me renvoient une image de moi que je n’avais pas vue depuis longtemps. J’ai vieilli, mais je suis encore jeune. Je parle tout bas à ce petit garçon qui habite au fond de moi. Je parle tout haut à cet adulte qui prend le pas sur mes idéaux. Et je me laisse pénétrer de cette quiétude, de cette absence d’inquiétude. Une pause-arrêt sur la bande de ma réalité. Un cadeau de la vie pour me réinventer. Un livre ouvert sur de nouvelles idées. Les pages blanches étant aussi révélatrices que les orgies de mots noircissant les autres.

C’est comme une grande fête, un grand repas, où j’aurais invité toutes mes personnalités. Moi avec mes « moi-même », dans une solitude tamisée. Personne pour m’interrompre, pour me distraire. Que moi-même dans le combat de mes propres contradictions et dans le ravissement de mes propres délectations. Pas de musique, pas de télé, aucune nouvelle dérangeante, aucun bruit de la société. La nature dans toute sa splendeur. La nature baignée dans un nuage de sérénité. La grande paix comme on ne la goûte plus que très rarement. Finalement, la pluie me sert bien. Il faut croire que, comme la terre, j’en avais besoin.

Lors de ces vraies vacances, le poète a surgi en moi. Je l’ai laissé prendre toute sa place et c’est là que j’ai compris qu’on pouvait écrire sur son cœur, sans encre ni crayon, une histoire qui nous ressemble et à laquelle seuls quelques-uns auront accès, soit par l’amour, soit par l’amitié.

Voilà le type de vacances qui permet une rencontre avec soi-même. Un passage de l’ombre à la lumière. Une douche fraîche et apaisante pour bien laver nos idées. Au retour, le tourbillon de la vie nous fera regretter celui de la pluie.

Bon été et beaucoup de soleil tout de même!

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