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À la recherche du temps perdu

Michel René - Selon l'âge que l'on a, le temps n'a pas la même importance. Jeune, on en a à perdre, vieux, on en a à rattraper. Chacun en dispose à sa guise. Souvent nous en perdons, parfois nous en gagnons, mais toujours il nous fuit entre les doigts, inexorablement. Jamais il ne s'arrête, même si à quelques occasions dans notre vie nous en avons l'impression. Parfois court, parfois long, il a pourtant la même durée. Et le temps va dans une seule direction, toujours égal à lui-même. Le reste n'est qu'illusion.

Le temps que l'on perd est nécessaire à celui dont on se sert. Plus on vieillit cependant, plus on a le sentiment d'en avoir trop perdu, d'en avoir trop laissé s'échapper. Ça a sûrement un rapport avec le sentiment d'urgence qui s'installe en vieillissant. Ne croyez-vous pas? Parce qu'arrive un jour où l'on comprend qu'il en reste sûrement moins à faire que de déjà fait. Mais le temps que l'on croit avoir perdu est-il vraiment du temps perdu?

Dans une certaine mesure, oui, dans une autre, non. Et d'abord, quel est ce temps que l'on pourrait considérer perdu? Posons-nous la question à savoir. combien de temps ai-je perdu au bénéfice de l'insouciance? Combien de temps ai-je perdu au bénéfice de l'ignorance? Combien de temps ai-je perdu au bénéfice de la haine, de la vengeance, de la jalousie, de la mesquinerie? Et. combien au service de la peur?

Inévitable me direz-vous! En effet, et je dirais récupérable du point de vue de la croissance personnelle. Car sans le moins, le plus n'existerait pas. Sans la perte, le gain non plus n'y serait pas. Et n'est-ce pas dans l'erreur que s'apprend la réussite? N'est-ce pas dans l'absence que se forme la présence? Le plus difficile, à mon avis, c'est de constater un jour que les choix que nous avons faits dans la vie se sont avérés un leurre, une illusion, une belle escroquerie envers soi-même. Que. si nous avions écouté la première version de notre intuition, nous aurions évolué dans des sphères différentes. Peut-être! Un doute subsiste. Encore là, m'illusionnerais-je? Mais c'est ce doute qui s'installe et qui fait dire à quelques-uns qu'ils ont perdu leur temps. Curieusement, ce doute apparaît souvent chez ceux qui en perdent le moins, chez ceux qui en font le plus.

Il y a le temps que l'on perd inutilement, mais, pire, il y a celui que l'on nous fait perdre. Détestable. Trop fréquent et très embarrassant. Il devrait y avoir un article au code pénal pour les voleurs de temps, les abuseurs de la seconde prolongée, du « as-tu une minute? » Fort heureusement, en contre-partie, il y a les accordeurs de temps et ceux qui nous en font gagner. Juste équilibre parfois.

Enfin, il y a le temps que l'on aime perdre. Celui qu'on accorde à l'oisiveté, à l'attente agréable, à la détente, aux plaisirs inutiles, à la légèreté d'un moment magique, hors du temps. Il y a surtout celui qu'on accorde à l'amour.

Mais quoi que l'on fasse, ou ne fasse pas, où que l'on aille ou où que l'on reste, quoi que l'on dise ou quoi que l'on taise, le temps que l'on croit avoir perdu comme celui dont on a le sentiment de s'en être bien servi aura toujours été présent et profitable si on s'en est servi au nom de l'amour. Car, comme clame Gilles Vigneault dans sa chanson Gens du pays : « Le temps que l'on prend pour dire « Je t'aime », c'est le seul qui reste au bout de nos jours. Les voux que l'on fait, les fleurs que l'on sème, chacun les récolte en soi-même. au beau jardin du temps qui court. »



Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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