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Novembre 2011
L'amour au temps du zapping

Michel René - Autrefois, il n’y a pas si longtemps, deux êtres qui se rencontraient, se reconnaissant des affinités, se liaient pour cheminer, pour former un couple et ce couple était appelé à durer. On s’engageait à long terme. Les valeurs de l’époque étaient à l’image de la vie qu’on menait… la vie était un long fleuve tranquille. Les temps ont changé cependant. Le rythme de la vie s’accélère, les activités se multiplient, les ouvertures sur le monde et les nouvelles tendances transforment nos habitudes, nos façons de voir, nos façons d’être. L’émancipation des individus prend sa place dans nos nouvelles aspirations. Le fleuve tranquille devient torrent des passions, des illusions, et nous projette dans un immense tourbillon.

Très rapidement, et particulièrement dans les vingt dernières années, l’accélération des moyens de communication, l’évolution des modes vestimentaires, des habitudes alimentaires, celle des habitudes de consommation, le goût de tout connaître, celui de tout essayer, de tout visiter, de tout acquérir, ont transformé notre mode de vie. À l’usage de la télécommande pour la télévision, notre cerveau apprenait à zapper. Quelque chose ne fait pas notre affaire, un clic et nous voilà aiguillés sur une autre avenue, sur un autre mode de pensée. C’est à la fois excitant, enivrant tout en étant déconcertant. Mais qu’y pouvons-nous? La vie nous mène au rythme des nouveautés. Et elles sont nombreuses, séduisantes, tout autant que captivantes. Nous nous laissons porter sur la vague des changements.

Et l’amour n’y échappe pas. C’est le prêt à aimer qui prend le dessus. Les dessous de l’amour nous intéressent un peu moins. Nous sautons des étapes, nous imaginons la fin dès les prémices. Nous souhaitons l’aboutissement avant même d’en sonder les fondements. Notre idée est faite avant même de se faire une idée. À la moindre anicroche, nous zappons, nous voulons voir ailleurs si l’ailleurs ne nous conviendrait pas mieux. Nous souffrons d’insatisfaction chronique, nous avons peur de nous engager sur une route trop longue de crainte que ce ne soit pas la bonne route. Nous bifurquons. Nous accélérons. Advienne que pourra, c’est dans l’ailleurs que l’on découvrira. Mais découvrir quoi?

Découvrir que l’on n’a pas pris le temps de découvrir? Que l’on n’a pas pris le temps d’apprivoiser? Que l’on n’a pas accordé suffisamment d’importance au plus important? Établir une relation solide, ça demande du temps, de la patience, de l’énergie, de la bonne volonté, de la vraie communication. Le semeur dans son champ ne s’attendait pas à récolter le même jour. Il lui fallait la confiance en sa semence, la confiance en la fertilité, en sa terre qu’il avait nourrie et retournée maintes et maintes fois. Combien d’obstacles il avait rencontrés, combien de pierres il avait retirées, combien de mauvaises herbes il avait éradiquées! Le temps était son allié. Mauvais un jour, clément le lendemain. Le semeur n’avait que son cœur et ses deux mains et toutes les espérances.

Aujourd’hui, les couples se font et se défont au gré des sentiments éthérés. Ce que nous croyons grand un jour, l’est moins le lendemain. Et au lieu de chercher en son propre champ les richesses de la fertilité, nous préférons regarder le champ du voisin qui lui a réussi à faire lever sa semence. Et on voudrait bien pouvoir l’acheter. Nous vivons dans un monde de facilités, mais l’amour n’a jamais été chose facile. C’est là, dans l’apprentissage et la culture du sentiment véritable que devrait se loger le grand amour.



Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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